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Scène II
Dans la foret de Rochertern à Paris
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Isaure frémit sous l'insistance de ce regard bleu, qui produisait sur elle un si étrange effet. Néanmoins consciente de son audace, la jeune fille prit refuge derrière un chêne gris. Sa respiration s'accéléra et son c½ur tambourina fortement dans sa poitrine. Ce petit jeu l'effrayait autant qu'il pouvait la distraire. Elle n'avait jamais vu le corps d'un homme mais celui là était particulièrement séduisant. Confuse par ses pensées, Isaure rougit jusqu'à la racine de ses cheveux. Il fallait à tout pris qu'elle disparaisse de cet endroit féerique. Jetant un dernier coup d'½il timide à l'inconnu, elle constata avec peine qu'il avait disparu. Après tout, peu être était-il un mirage ? Une simple vision naissante de son inconscient...
Deux mains puissantes se plaquèrent sur ses épaules, sortant violemment la jeune fille de sa rêverie.
- Isaure ! Gronda Rodrigue.
Il obligea la jeune fille à lui faire face en la faisant pivoter sur elle-même. Isaure faillit perdre l'équilibre lorsqu'il l'obligea à le suivre.
- votre petite escapade, n'était pas une bonne idée. Continua t-il en la toisant du regard.
- Comment osez vous me traiter de la sorte ? S'indigna t-elle.
- Vous vous êtes introduit sur les terres du duc Salvator.
- Il s'agit d'un parc privée ? s'exclama t-elle en repensant honteusement à l'inconnu.
Le rouge lui monta aux joues. A l'occurrence, cet homme avait tous les droits d'être là contrairement à elle.... A cet instant la jeune fille souhaita que l'inconnu n'est pas remarqué sa présence car la confusion de la situation était plus qu'embarrassante.
- S'ils savent que nous sommes ici, je crains que nous soyons en danger. Répliqua Rodrigue nerveusement en tirant Dalia par l'encolure.
- vous exagérez. Répliqua Isaure en le dévisageant de mauvaise grâce.
- Nous pensons que les Salvator ont un lien avec le culte du désert.
- Le culte du désert ? Répéta Isaure en haussant un sourcil.
- Une secte. Expliqua t-il en l'aidant à monter son cheval. Leurs ancêtres étaient protestants mais aujourd'hui ils se cachent tous pour éviter l'échafaud.
De 1685 à 1787, est la période la plus sombre du protestantisme français. Le culte est interdit, les temples rasés, les pasteurs emprisonnés ou exécutés. 200 000 protestants choisissent l'exil dans les pays voisins (Europe du Refuge) ; dans les Cévennes, la révolte des Camisards est une aventure héroïque sans lendemain. Entre soumission apparente et clandestinité (culte au Désert), une poignée de fidèles maintiennent la flamme du protestantisme. Progressivement, l'influence des idées des Lumières atténue les persécutions : " toléré " administrativement en 1787, le protestantisme français ne retrouve sa liberté qu'en 1789.
-Ce sont des êtres rigides et austères qui ne respectent pas notre religion. Leur familiarité est tout bonnement scandaleuse. Continua Rodrigue le regard haineux.
La jeune fille sursauta. Comment pouvait-il avoir tant de haine dans ce regard marron ? Le dégoût de ce mouvement allait beaucoup plus loin de ce qu'il pouvait admettre. Un conflit grave et dangereux devait lier le nom de Salvator à Fendorran. N'osant pas approfondir les questions qui lui brûlaient les lèvres, Isaure préféra garder le silence.
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Isaure pénétra sa chambre et rassembla rapidement quelques effets. Devant la cheminée un cuveau d'eau fumante attendait, isolé par un paravent.
- parfait ! s'exclama t-elle en se débarrassant de sa tenue de cheval.
Elle dispersa dans l'eau une poignée de pétale de rose et enjamba le bord de la cuve afin de s'immerger dans l'eau délicatement parfumée. Une chaleur bienfaisante l'envahit et ses muscles se détendirent. Tout en se passant doucement sur le corps le savon à la pêche que sa nourrice confectionnée, Isaure perdit peu à peu la notion du temps rêvant secrètement à son inconnu.
Un courant d'air froid s'engouffra dans la pièce et elle comprit qu'elle n'était plus seule. La jeune fille replia les genoux et s'enfonça pudiquement dans l'eau.
- qui est là ? S'exclama t-elle nerveusement.
- Sûrement pas Rodrigue ! S'exclafa une voix qu'elle connaissait bien.
- Cassandra ! s'écria Isaure en riant.
Cassandra traversa la pièce et rejoint sa cousine derrière le paravent. Elle lui tendit sa robe de chambre lorsqu'elle se trouva à son hauteur.
- il parait que tu as chevauché avec Rodrigue. S'exclama Cassandra en l'aidant à sortir du bain.
- je pensais trouver un moyen de l'influencer sur notre retour en Italie mais cet homme est pire d'un élève obéissant ! Il préfère s'attiser les faveurs de mon père plutôt que les miennes. Il m'a vite agacé et...
- Et connaissant ton caractère tempétueux tu n'as eu aucune patience. Coupa Cassandra en éclatant de rire.
Isaure prit place devant sa table de toilette alors que Cassandra s'attela à la coiffer.
- tu m'as l'air d'être bien pensive. Remarqua Cassandra en posant sa main sur son épaule.
- Connais tu la famille Salvator ? Demanda Isaure en se tournant vers sa cousine qui paraissait surprise par sa question.
- Il me semble que Salvator et Fendorran sont liés par un conflit perpétuel qui daterait depuis plusieurs générations déjà. Répondit Cassandra. Durant ton absente, monsieur Bryne a débitait un discours fort désagréable sur cette famille. Tout remonte depuis Le 24 août 1572, le jour de la Saint-Barthélemy. Le carillon de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, a donné le signal du massacre des protestants, à Paris et dans le reste du pays. Le fils Salvator aurait tué l'unique fille Fendorran qui contait annoncer au gouvernement que la famille Salvator était protestante. C'est effroyable d'autant plus que cet homme et cette femme devait s'unir devant l'évêque. D'après monsieur Bryne, les Salvator affichent un catholicisme irréprochable. Mais il ne s'agit que d'une ruse pour se protéger car le nom Salvator serait à la tête d'une secte.
- Le culte du désert. Répondit Isaure en laissant paraître un léger sourire.
- J'en ai froid dans le dos. Soupira Cassandra nerveusement. J'espère ne jamais rencontrer un Salvator. D'après monsieur Bryne, ils sont rigides et austères mais surtout très dangereux.
Isaure resta perplexe. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le premier et le plus grand commandement. Et le second est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. N'est pas le principal ? Pourquoi ne pas tout simplement se respecter alors que protestant et catholique ont le même but... Les racines de l'amour semblaient bien souillées par leurs affrontements ....
La porte de la chambre s'ouvrit brusquement.
- mesdemoiselles !!! Gronda une voix féminine. Il serait tant de laisser les bavardages et hâtez vous de vous préparez. Le bal de madame Saint Blaise commence dans quelques heures.
- Allons ma s½ur, laissons nos filles savourer cet instant. Il s'agit de leur première réception. Répliqua une autre voix derrière le paravent.
- Maman ! s'écria Isaure en se précipitant vers elle. Permettez moi de porter ma robe rouge.
- Si cela te convient ma fille. Tu ressembles à un champs de fleur minauda sa mère en l'embrassant tendrement sur la joue.
- Hélène. Gronda Sofia. Tu as tort de flatter cette petite. Elle va finir par croire qu'il est normal pour une jeune fille de n'accorder aucune attention à sa présentation. Cette robe n'est pas assez élégante à mon goût. Quand j'étais à la cour du roi...
- Aucune dame n'aurait oser paraître...Enchaîna ironiquement Isaure sous le regard complice de sa cousine.
- Aucune dame n'aurait osé paraître dans des vêtements dont les teintes n'auraient pas été parfaitement assorties. Mais le plus important est l'élégance de la tenue car..
- Ridicule ! Coupa Isaure en haussant les sourcilles.
- Votre insolence me confond ! Ce n'est pas à une jeune fille de votre age de juger de l'ordre des choses. Vous ne pourrez jamais séduire un homme convenable avec un tel discours.
- Séduire un homme ? et pour quoi faire ?! S'exclama Isaure en dévisageant sa tante.
- Isaure ! Reste correct. Gronda la voix de son père qui s'introduit dans la chambre. Tu n'es qu'une source de désolation et de frustration. Prend donc exemple sur ta cousine qui ne se permet pas de telle inconvenance.
Isaure baissa les yeux. Cassandra prit la main de sa cousine pour la presser contre la sienne. Les jeunes filles échangèrent un regard complice. Isaure savait que sa cousine l'aimait comme une s½ur et pour rien au monde elle aurait pu la blesser ou la froisser dans quoi que ce soi. Son père avait toujours eu la fâcheuse habitude de les comparer sans penser que cela pouvait être blessant. Mais la vérité était qu'il n'avait jamais véritablement aimé sa fille et la frustration de n'avoir eu aucun fils était une déception que sa fille devait subir.